J’ose exprimer ma douleur car je veux que les choses changent

En me réveillant ce matin, jamais je n’aurai songé à vous partager mon histoire la plus intime, mais aussi la plus traumatisante. Pourtant, en ouvrant Facebook aujourd’hui, je suis tombée sur une altercation entre deux femmes qui ont eu une violente dispute sur un plateau télé, suite à la parution d’un livre sur les agressions sexuelles, afin d’aider les femmes à s’exprimer sur le sujet.

 

Toute cette souffrance et ces larmes m’ont faite bondir car oui, je comprends cette détresse et ce sentiment d’abandon. Vous me voyez venir ?

Je l’annonce comme cela, publiquement, alors que la plupart de mes proches ne sont pas au courant. Mais merde, bien à l’abri derrière mon ordinateur je n’ai plus peur de vos réactions et surtout, je veux que les choses changent. Alors voilà : moi aussi, j’ai été violée.

Attention, cette mise au grand jour de ce que je peux qualifier de drame n’est absolument pas un appel à la plainte, je ne cherche aucune pitié, aucune compassion, mais je m’exprime pour celles qui ne le peuvent pas. 

C’était il y a deux ans, juste avant mon départ pour l’Inde. L’homme en question était un “petit ami” depuis une semaine à peine, mais quand un matin je lui ai dis non, c’était réellement un non. Malheureusement pour moi il ne l’a pas entendu ainsi.

Ce jour là j’étais dans un état de fatigue et de faiblesse important. La veille j’avais d’ailleurs demandé à ce type de ne pas venir chez moi car j’étais malade et que j’avais besoin de repos. Il n’a pas pris en compte mon message et a simplement débarqué dans mon lit, à 5h du matin, ivre. La suite, je n’ai pas besoin de la décrire.

Parce que j’avais déjà eu des rapports avec cet homme et que l’événement ne s’est pas déroulé dans une ruelle sordide, je n’ai pas reçu le soutien que j’attendais.

La première personne à qui j’en ai parlé a essayé de me convaincre que je n’avais pas été violée car je ne m’étais pas débattue… Je me suis donc mise à culpabiliser, à repasser la scène dans ma tête encore et encore. J’ai moi-même essayé de me convaincre que j’aurai du réagir plus violemment, crier, hurler… mais sur l’instant je n’ai rien fait, à part dire non, non, non, encore et encore.

Pour bien des hommes, un non peut cacher un oui. C’est une triste réalité. Je sais parfaitement que le type qui ne m’a pas respecté n’a pas fait cela consciemment, son but n’était pas de me faire du mal, mais il l’a fait. J’ai essayé de le lui faire entendre le lendemain, il n’a rien su me répondre. Se voir lui-même en tant que agresseur sexuel était certainement impensable, mais pourtant plus de deux années après, je n’en suis toujours pas remise… alors, violeur ou pas violeur ? Ce qui est sûr, c’est que depuis je me bat toute seule avec ce sale souvenir.

Quelques uns de mes amis proches sont au courant, j’avais à l’époque un grand besoin de me sentir comprise. Si ils m’ont entendu, aucun d’entre eux, je dis bien aucun, ne m’a demandé si j’avais porté plainte ou si j’envisageais de le faire. Même si je n’en avais pas l’intention, je ne comprenais pas et ne comprends toujours pas qu’on ait pu banaliser ma situation au point de faire uniquement preuve de compassion, si ce n’était pas de jugement.   

Je crois que cet abandon fut encore plus douloureux que l’acte en lui-même. Et c’est pour ça que je réagis aujourd’hui et que j’ose parler.

Si je n’ai pas donné de suites à cette affaire, c’était parce que je voyais le voyage comme le seul échappatoire, la seule thérapie qui puisse m’aider à me remettre toute seule de ce drame. Et comment aurais-je pu vivre après si un tel procès aurait fini par être classé sans suite ? Car la réalité, c’est que c’est qui arrive dans bien trop de cas… Par contre, je fais suite à cet extrait de “ONPC”, je vais totalement contre les propos de Christine Angot, pourtant elle-même victime mais qui se défend d’en être une, afin de préserver sa légitimité en tant qu’écrivain(e)…  Sa réaction est à vomir.

Elle a peut-être eu la force de surmonter son combat mais son jugement sur la douleur de Sandrine Rousseau est totalement déplacé. Je ne félicite pas non plus le montage de l’émission qui montre clairement que des scènes ont été coupées. Pour être moi-même passée sous les caméras de France 2, je sais bien que ce ne sont que des requins en quête de buzz sous la couverture de la médisance, mais là, ils vont trop loin.

Aujourd’hui j’ose parler au nom de toutes celles que l’on n’entend pas ! Au nom de toutes celles qui souffrent en silence et qui se sentent incomprises !

Parce que trop d’hommes se baladent librement sans se soucier une seconde des conséquences de leurs actes, parce qu’une telle douleur est traumatisante, parce que j’ai beaucoup trop de membres de ma famille ou des amies qui ont connu elles aussi des agressions ou pire… je demande à ce que les hommes s’éduquent entre eux !

Hier soir, pour la première fois depuis ces deux années de voyage que j’ai entrepris après mon agression, j’ai été confrontée à un putain de gros lourd. Vous voyez le genre ? A se pavaner et à sortir son grand jeu de séducteur à deux balles ? Il assumait d’ailleurs totalement ce rôle malgré le fait qu’il voyait bien que j’étais mal à l’aise. Le lourdo sans surprise qui vous sort des trucs dégueulasses pour faire marrer ses copains, et vous rabaisse comme quelqu’un de “pas cool” lorsque vous protestez : “oh ça va, si on peut plus rigoler”. – Non mec, ce n’est pas drôle du tout. Et si toi et tes potes cela vous amuse, vous avez encore beaucoup de boulot avant de pouvoir dire que vous respectez les femmes.

Car la violence n’a pas besoin d’être physique pour laisser des dégâts, et je voudrais qu’enfin les hommes se mettent ça dans le crâne.

J’ai pris le temps de lui expliquer que j’avais oublié à quel point les français peuvent être lourds et irrespectueux envers les femmes. Cela peut paraître invraisemblable mais pourtant c’est la vérité : que ce soit en Inde ou en Egypte, en Indonésie ou en Israël, même si des hommes ont souvent cherché à me charmer, jamais ils ne m’ont manqué de respect. Le fait que je sois une étrangère y est certainement pour beaucoup car je sais que ces pays sont loin d’être des modèles à suivre concernant la condition de la Femme.

Quoi qu’il en soit, j’ai fait le constat qu’au bout du monde tout va bien pour moi, alors qu’ici, chez moi, je me sens en danger. L’insistance du type d’hier soir m’a conduite à pédaler à toute vitesse sur mon vélo pour rentrer chez moi, car je reste traumatisée par le viol que j’ai subi et même si je pensais m’en être guérie, je constate à quel point je suis toujours blessée.

Alors oui je vous demande, vous les hommes qui assistez à cela régulièrement, de faire entendre votre voix afin que vos potes cessent d’agir ainsi. Valider ce genre de comportement ne fait qu’empirer les choses alors que ce n’est pas tolérable. Je reste confiante en un changement possible, je suis sûre que l’on peut faire évoluer les choses, mais pour cela je prends conscience que se taire est certainement la pire solution.

Il me faut énormément de courage pour vous révéler tout ça au grand jour, mais je ne le fais pas pour moi, encore une fois je ne recherche aucune compassion, d’avance je vous demande de réagir simplement au nom de toutes celles qui culpabilisent dans l’ombre, qui n’osent pas parler.

Namasté bande de gens pas toujours bien.

 

Update :

Je tiens à m’excuser auprès de ma famille et de mes amis pour cette vague étrange sur laquelle je vous embarque. Je reconnais pleinement que je ne suis pas du genre à me faire plaindre, et que vous n’avez pas pu déceler quelconque détresse dans mon comportement. Pardon de vous causer du soucis. Mais c’est ma mission de dédier ma vie aux mots et à la vérité. Je vous aime et grâce à vous c’est toujours l’amour qui portera mes choix.

2 Replies to “J’ose exprimer ma douleur car je veux que les choses changent”

  1. Magnifique texte et pensée…et bien trop d’accord avec toi. Malheureusement aujourd’hui encore, les hommes n’ont toujours pas compris la signification d’un simple non. Et comme tu dis le soutien psychologique et moral n’est que léger de la part de l’entourage. Je reve d’un monde respectable pour la femme, qui puisse librement choisir par un simple oui ou non sans peur des represailles . BRAVO pour ton aveu et tes pensées.. Courage a nous, nous avons encore un long chemin a entreprendre mais j’y crois, et cela passe par l’education de nos garcons !

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  2. Nous sommes loin d’être libres , c’est une société où la femme reste encore la possession de l homme.
    Il faut parler et vous le faites merveilleusement bien 😊
    Bravo pour votre courage
    Namaste

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